BD : Monsieur Mardi-Gras Descendres

À l'occasion de l'édition de l'intégrale de la série (regroupant 4 tomes), ainsi que de la publication récente du prologue intitulé "Le facteur Cratophane", je t'embarque pour cette série inspirée et artistiquement réussie : Monsieur Mardi-Gras Descendres.

mardi-gras-descendre-et-le-facteur

Il y a quoi après la vie ? L'histoire de l'au-delà

Cet univers sorti de la tête d'Éric Liberge, loin d'être festif et coloré, nous propose une vision de ce qu'est l'au-delà. Enfin, plus exactement d'un au-delà nommé le purgatoire. On plonge dans le monde des morts pour y découvrir son fonctionnement et ses enjeux.

Eric Liberge et un squeletteÉric Liberge est, entre autres, l'auteur de la série "Les contes de l'Ankou" et dessinateur pour "La Caste des Méta-Barons". Il avoue sur son blog : "J'ai beau avoir dessiné beaucoup d'univers différents (corsaires, années 40, époque de la révolution, fantastique sombre...), je reviens toujours au point zéro des os".

L'art délicat et chirurgical d'illustrer des squelettes

Illustration "Jeronimus à l'amphore" de Eric liberge : corps et des ombrages complexesTechniquement, les illustrations sont magnifiques et d'une précision chirurgicale ! (même si dans notre cas, un ostéopathe collerait d'avantage qu'un chirurgien... xD ).

Dessiner un corps humain, OK, mais un squelette est une armature complexe, constituée de pleins et de vides. Une cage thoracique, par exemple, est plus technique que le buste d'un corps fait d'un seul bloc. 

Et le travail des ombres suit logiquement ces mêmes contraintes, gagnant en détail. Même si l'ombrage n'est présent que sur quelques plans et illustrations originales.

Je risque de paraître dithyrambique, mais j'ai vraiment été impressionné par ces images...

Et je ne te parle même pas des plans d'ensemble où le niveau de détails, que ce soit pour un squelette ou toute une foule, reste constant comme tu peux le voir ci-dessous. Éric Liberge a tout simplement un moteur de rendu 3D dans le crâne (et de l'acharnement) !

Illustration "au hatya patya" de Eric Liberge

La première édition de la série chez Pointe Noire était en noir et blanc (voir illustration ci-dessus). Elle passe à une coloration en bichromie lors de la réédition chez Dupuis.

Le revers de la médaille est que cela amène quelques ambiguïtés quant à l'identification des personnages : sans visages ni vêtements, ça n’aide pas à distinguer nos amis d'outre-tombe !

Et sinon artistiquement ?

L'ambiance qui en ressort transpire le gothique à souhait : décors, textes, polices d'écriture utilisées pour les dialogues et titrages. La colorisation sobre et discrète réalisée pour les éditions Dupuis, renforce le ressenti de cet univers froid, grand et vide.

Photo illustrant la mise ne place des dialogues lors de la conception de la bande déssiné Monsieur Mardi-Gras Descendres

Le sens de la vie... et du café !

Tout cela baigne légèrement dans un contexte catholique. Mais l'histoire ne prêche ni opinion ni dogme. En d'autres mots, on pourrait tout aussi bien transposer l'œuvre à d'autres doctrines.

mardi-gras-descendre-boissonsUne fois mort et à l'état d'os, au milieu d'un grand rien, les plaisirs de la vie s'en retrouvent plutôt diminués (PAS DE ZIZI, PAS DE GÂTERIE !!!).

Tout ce petit peuple tombe alors dans la décadence de la boisson, ajoutant quelques légèretés dans notre lecture.

Par exemple, dans l'au-delà, le café est une mixture hautement addictive ! WTF ?! Oui oui, tu as bien lu, ils raffolent du café !

Même si c'est justifié plus tard, l'auteur aurait tout aussi bien pu le remplacer par des bananes. Alors pourquoi le café ? Je vote pour une private Joke ^^

Mais il y a aussi matière à réflexion sur ce que nous réserve l'au-delà, sur les choix faits de notre vivant, si la vie vaut la peine d'être vécue... tout ça tout ça, quoi. Au final, la recette humour & philosophie dans cet univers lugubre et métaphysique fonctionne très bien.

C'est au fil des pages qu'on apprend à connaître les acteurs de cette histoire : personnages complexes et hauts en couleur, loin de l'habituel manichéisme que l'on nous sert à tout va. On découvre leurs erreurs et leurs doutes tout au long de l'histoire, nous rappelant que personne n'est infaillible (comme mon orthographe ^^) ! Le facteur, par ne citer que lui, un des personnages clés (mon chouchou avec Pétronille) devient presque attachant malgré son passif lourd.

Le facteur, un personnage clé

D'ailleurs, si je t'écris ces lignes, c'est justement grâce à lui ! Un préquel à la série a été publié il y a peu :  "le facteur cratophane". Ce prologue gravite autour de ce personnage et de la genèse du purgatoire complétant magnifiquement cette fable poétique !

Une série qui a de la moelle

Je ne peux pas être objectif tant je l'ai appréciée. Et je peux comprendre qu'elle ne plaise pas à tout le monde à cause d'une direction artistique trop gothique ou un ptich métaphysique. Néanmoins, cette oeuvre singulière à toute sa place dans ta bibliothèque ;)

Comme tu l'as compris, j'admire le "skill high level" d'Éric Liberge. Je t'invite donc à le voir en vidéo ou sur son blog afin d'en juger par toi même.