Phallaina :
la bande dessinée augmentée

Phallaina : la bande dessinée augmentée

Peut être en as-tu entendu parlé en début d'année, ou comme moi, tu es passé totalement a coté. Phallaina est une bande dessinée, à télécharger gratuitement sur l'Apple Store ainsi que le Play Store.

Oups, en fait c'est une bande "défilée". Qu'est-ce que cela ?!!!

La bande dessinée, adaptée au support tactile

Phallaina est qualifiée de Bande "défilée" tout simplement pour son principe de défilement. Contrairement à un site internet, qui peut s'adapter et voir son contenu se réordonner en fonction de la taille du support (tablette/smartphone) et/ou son orientation (portrait/paysage), pour une bande dessinée, c'est un peu plus complexe.

Phallaina nous offre de magnifiques transitions graphique

Plutôt que de redessiner l'oeuvre pour chaque support (l'enfer !), l'auteure et réalisatrice Marietta Ren a privilégié une expérience dédiée au support tactile : le roman graphique se consulte toujours de gauche à droite, on retrouve encore les bulles de dialogues propres aux Bds, mais le découpage en cases est abandonné au profit de (magnifiques) transitions graphique et d'un parcours uniquement horizontal (travelling).

Marietta Ren, diplômée de l'école des Gobelins, a travaillé sur deux films d'animation notables : Ernest et Célestine, ainsi que Avril et le monde truqué (ce dernier que je vous recommande chaudement !).

OK, ça semble différent, voire intéressant... maintenant, imagine le travail d'illustration : nous sommes sur 16 illustrations (car découpé en 16 chapitres) qui, misent bout à bout, forment une fresque de 115 mètres sur 1,10 mètre de haut ! Soit un plaisir de 1h30 à 2h de lecture.

ERRATUM : en réalité, ce n'est "que" la fresque physique qui fait 115 mètres de longueur. L'application, elle, représente environ 1600 tablettes Ipads mises bout à bout... Rien que ça (O_o')

phallaina-fresque

Pour adapter ce format singulier à nos smartphones, l'auteure a travaillé avec le studio SmallBang (un studio français) en coproduction avec France Télévision Nouvelles Écritures.

Une expérience plus immersive

L'application permet des effets tels que la parallaxe et quelques effets 3DÀ cela s'ajoutent des effets de parallaxe et des effets sonores d'ambiance, augmentant l'immersion tout en étant suffisamment discrets pour ne pas troubler notre lecture. Par exemple, lorsque le protagoniste utilise un ordinateur, on entend alors les "tapotements" du clavier.

Comme on est sur matière-geek, il faut que je t'explique l'effet de parallaxe ! C'est la base de l'animation, mais une explication ne fait pas de mal : le mot "parallaxe" peut s'appliquer à de nombreux domaines : psychologie, astronomie, DC Comics (Green Lantern)...

Mais là ce qui nous intéresse c'est l'effet graphique. Appliqué au web, à l'animation et maintenant à la BD (comme tu peux le voir dans le visuel ci-dessus), l'effet de parallaxe est un élément se déplaçant à une vitesse et/ou sur un axe différent de son support.

Cette rupture crée un effet de profondeur, car ton cerveau va interpréter l'élément vu de manière asynchrone sur un plan différent : devant ou derrière son référentiel (le support).

Bon, ce n’est pas une définition "tip top pointilleuse". Celle de Wikipédia est bien aussi  : 

La parallaxe est l’incidence du changement de position de l’observateur sur l’observation d’un objet. En d'autres termes, la parallaxe est l'effet du changement de position de l'observateur sur ce qu'il perçoit.
Wikipedia

Si tSonic the hedgehoge offrait déjà à l'époque, des effets de parallaxe sur plusieurs couchesu fais attention, tu peux en voir dans les films d'animation traditionnels (va voir tes DVD ou VHS des premiers Disney). Ainsi que dans le milieu des jeux vidéo où les animés : comme les paysages en arrière-plans dans les premiers épisodes de Sonic The Hedgehog sur MegaDrive... et je ne te parle même pas des scènes où Naruto cours dans les arbres (vole ? rebondis ?).

Enfin, tu peux aussi l'observer sur Matière-Geek avec l'illustration de couverture des articles en haut du blog :

Exemple de parallaxe appliqué au web

 

... et, fini le spoil !

En mettant de côté la partie technique, il y a aussi un autre atout non négligeable : ça ne t'est jamais arrivé de te spoiler en plein suspense à cause des dernières cases d'une page (merci la vision périphérique) ? Tu l'auras compris, dans le cas de notre bande défilée, ce risque n'est plus !

Et sinon, de quoi ça cause ?

L'histoire nous amène sur un territoire entre le genre "slice of life" et celui de la science-fiction. Sans pour autant conclure avec l'un ou l'autre. Notre protagoniste, Audrey Desmazières, souffre de malaises hallucinatoires récurrents. Après quelques examens, on lui apprend qu'elle dispose d'une anomalie cérébrale peu commune, lui conférant des aptitudes dignes d'un super héros... en fait, un héros avec un petit super pouvoir.

La protagoniste de Phallaina : Audrey Desmazières

Sans être un chef-d'oeuvre pour son scénario, Phallaina dispose d'une très grande qualité narrative sublimée par son style artistique. Certes, ne t'attends pas à des scènes d'action, mais plutôt à sentir la tension et le stress du protagoniste. Bref, de quoi substanter n'importe quel consommateur de bande dessinée.

Un format d'avenir ? Une révolution ?

La blogosphère, la presse, la radio... je suis passé à coté de l'évènement, mais tous les médias estimaient que Phallaina était une révolution pour le monde de la bande dessinée. Après réflexion, il est évident que le format est plaisant. Et tu en conviendras, plein de petits avantages surtout pour l'immersion.

planche-okkoCependant, je ne pense pas que les "bandes défilées" puissent convenir à tout type de narration. Le découpage des cases, permet à l'auteur de jouer sur nos émotions, le rythme ou encore de communiquer un message particulier. Avec la bande défilée, les enjeux changent et les engrenages narratifs sont amenés différemment.

Sur cette planche de la série Okko (que je te recommande aussi), la deuxième bande horizontale, composée de quatre cases, accélère le rythme par le changement de format plus étroit : on ressent une action rapide. Tandis que la dernière ligne, composée d'un seul visuel en paysage, pose l'action. A contrario, la bande défilée aura plus de difficulté à transmettre ce rythme de par son format.

En conclusion, la bande défilée, j'adhère, mais il faut que le style se prête à l'expérience.

Et puis au risque de passer pour un matérialiste-junky-geek, j'adore l'odeur de l'encre couchée sur le papier :D cela dit, j'espère voir d'autres bandes défilées à l'avenir, car l'expérience est vraiment plaisante ! Particulièrement avec Phallaina et ses transitions de ouf guedin !


Et hop, les liens pour télécharger l'application :

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