Home :
l'horreur en pixel ?

Home : l'horreur en pixel ?

Home est un petit jeu indé de Benjamin Rivers défini sur Steam comme un jeu "d'aventure horrifique". Là où les dernières productions misent sur des graphismes photo-réalistes afin d'être toujours plus gores, nous sommes ici sur un graphisme tout en pixel. Ma première réaction en voyant les visuels in-game : "ça ne peut pas être effrayant ?!". Tu t'imagines avoir peur face à du pixel toi ? Le pari, risqué, est pourtant accompli de manière honorable. Qui plus est, son concept n'est pas sans rappeler le troublant film Projet Blair Witch.

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Disponible sur PS4, Vita, IOS, Windows et Mac, on en fait le tour en seulement 2 à 3 heures si on maîtrise un peu la langue de Shakespeare. Pour un prix de 3 euros, ça reste honnête. Le jeu est sorti en juin 2012... ce n'est pas de première fraîcheur, mais si tu l'as raté à sa sortie et qu'il t'intrigue, peut-être que mon article t'éclairera.

Deux mots sur le créateur de Home

Benjamin Rivers, c'est un petit gars de Toronto (Canada) qui aime te conter des histoires. On trouve sur son portfolio : une bande dessinée, son adaptation en film et deux expériences narratives vidéoludiques, dont Home, et le dernier en date : Alone With You. C'est donc un gars plutôt touche-à-tout et centré sur l'expérience narrative. Voyons comment il se débrouille.

Arme-toi d'un bon casque et éteins les lumières.

En prenant compte du choix artistique (oui, car j'en connais pour qui les gros pixels = moche), Home est plutôt soigné : les pixels sont gras, mais juste ce qu'il faut pour que notre cerveau puissent interpréter le bouillon de pixels correctement (personnellement, j'adore ce côté rétro). Certes, il ne va pas te décoller la rétine comme un KingDom, mais on y retrouve tout ce qu'il faut pour poser l'ambiance. 

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Les mécanismes de la peur sont amenés par différents leviers issus du cinéma ou de la scène vidéoludique : un grain de pellicule superposé à l'image, des transitions de scènes empreintées à Resident Evil 2 (nostalgie), une exploration limitée à la lueur d'une lampe torche et une bande sonore aiguë, stressante et lancinante. La recette rassemble tous les ingrédients, pourtant l'effroi n'est pas tout à fait là.

Tu n'auras (presque) pas peur.

Au risque de décevoir Yoda (I'm not afraid ! You will be), je n'ai pas eu l'angoisse que l'on peut ressentir devant un jeu tel que Alien Isolation. La faute n'incombe pas aux graphismes (que j'adore), mais au jeu en lui-même, car la tension y est tout de même palpable. Quelques tentatives de Jump-Scare seront même au rendez-vous, même s'ils n'ont eu aucun effet sur le geek expérimenté que je suis... Non, en vrai, j'ai sursauté une fois (-.-').

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Mais ce qui est annoncé comme un jeu d'aventure horrifique se révèle plus de l'école de l'horreur psychologique. Et ça, c'est beaucoup moins effrayant d'un coup ! Loin d'un Slasher ou d'un Survival Horror, nous ne sommes pas poursuivis, ni mangés, ni envahis... mais alors, il a quoi pour plaire ce jeu ?

Une expérience "Blair Witch"

Le pitch : Le personnage se réveille, boiteux, dans un lieu lugubre qui lui est étranger, un corps gisant quelques pièces plus loin. Tu dois alors l'aider à s'échapper, mais aussi à reconstituer le puzzle. Plusieurs fins sont possibles et une conclusion est fournie en fonction des indices récoltés. Mais, ces conclusions seront issues de la subjectivité du personnage (même s'il est en partie guidé par nos choix), et tu n'aboutiras peut-être pas à la même conclusion que lui !

Le générique de fin m'a laissé plus de questions que de réponses : à la manière du film Projet Blair Witch, l'auteur de Home nous invite à trouver le vrai coupable par nous-mêmes.

Le Projet Blair Witch (1999), film au format Found footage, a bénéficié à sa sortie d'une campagne marketing laissant entendre que le documentaire était authentique et non fictif. Le canular suscita de l'intérêt pour de nombreux internautes qui enquêtèrent, décortiquant le film image par image.
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Mais alors qui est le responsable de ces meurtres et comment s'est-il retrouvé dans ce merdier ? Ne t'égare pas, ce n'est pas un Cluedo : il n'y a probablement pas de bonne réponse, ou à l'inverse, il y a peut-être plusieurs réponses. D'ailleurs, l'auteur a rassemblé plusieurs hypothèses de joueurs sur une page du site officiel. Et pour prolonger l'expérience, le site affiche une autre page étrange intitulée "WTF" qui fournira aux plus curieux, d'autres indices.

Capture d'écran de la page "WTF" du site homehorror.com

Un bilan mitigé, mais positif

Mes premières minutes avec ce jeu m'ont réellement séduit. Peut-être grâce à mes retrouvailles avec les transitions de pièces qui faisaient le charme de Resident Evil 2. Cependant, on sent que le concept n'est pas totalement exploité.

Me voilà donc avec un bilan mitigé. Mitigé, mais positif tout de même. Il faut lui reconnaitre la volonté d'offrir une expérience d'investigation cross-média intéressante et une bonne réalisation.

Est-ce qu'il faut l'acheter ? Si tu t'attends un jeu d'horreur, je ne te le conseille pas. Cependant, il ne faut pas perdre de vue que c'est un petit jeu indépendant, qui pour son prix (3 euros) et ses 2 à 3 heures de jeu, propose quelque chose de différent. Pour tout te dire, si le concept est renouvelé et plus approfondi je serais surement de la partie.


Photo de couverture : Ryan Couldrey